POURQUOI LES BÉNI-OUI-OUI ONT DES PROMOTIONS

Introduction

Je n’ai jamais rencontré un dirigeant d’entreprise se prononçant en faveur du conformiste et des « béni-oui-oui ». Tous, moi inclus, dénonçons le conformiste en tant que principe ou politique de gestion. « Pour moi, il n’est pas question de m’entourer de suiveux, de béni-oui-oui. J’aime que l’on me challenge! », proclamons-nous haut et fort.

Dans les faits, nous méprisons le conformiste partout, sauf dans le département dont nous attendons un soutien administratif. Là les béni-oui-oui valent leur pesant d’or.

Je suis certain que tout comme moi vous vous êtes déjà posé la question « Pourquoi est-ce cette mauviette qui a eu ce poste? »

Exemple

Mise en situation

Retrouvons Alcide, notre souffre-douleur, patron d’une entreprise qui a le vent dans les voiles. Le carnet de commandes de son entreprise est tellement rempli qu’il se doit de mettre en place des unités de production qui travailleront sur le quart de soir. Ce qui amène Alcide à devoir choisir un chef d’usine (cadre de niveau I) pour ce quart de travail.

Deux stratégies sont envisageables: trouver quelqu’un à l’externe ou trouver quelqu’un à l’interne. Comme il est débordé de choses à faire, Alcide n’a pas de temps pour : élaborer un appel de candidatures, assister aux entrevues et entraîner un nouveau gestionnaire. Ce sera donc à l’interne qu’il recrutera ce futur gestionnaire.

Bien que plusieurs employés aient postulé, Alcide n’a retenu que deux candidats :

  • Édith, cadre de niveau II, compétente, loyale et responsable. Édith est toujours partante pour les dossiers qu’il lui confie. Alcide ne compte plus les fois où elle lui a dit : « C’est parti patron, c’est comme si c’était fait ! » Elle mène les dossiers comme il l’aurai fait lui-même.
  • Roger, cadre de niveau II, un peu plus compétent qu’Édith, il est lui aussi loyal et responsable. Alcide est content qu’il ait postulé. Roger est toujours, lui aussi, prêt à relever des défis. Mais avec Roger il y a un point qui agace Alcide : il argumente la plupart du temps sur la façon de faire les dossiers qu’il lui confie et ce point commence royalement à lui tomber sur le gros nerf, surtout de ces temps-ci.

Qui aura le poste?

  1. Sur la base du peu d’informations que vous avez, quel candidat auriez-vous choisi ?
  2. Selon vous à qui Alcide va-t-il donner le poste?

Si vous avez répondu Édith, passez à GO et récoltez 200$CAN.

Pour les autres, Gnothi seauton « Connais-toi toi-même. » Soyons sérieux, dans les faits, lorsqu’il s’agit de choisir un subordonné, on choisit toujours celui qui ne fait pas de vagues. Bien sûr, on va se donner bonne conscience en se disant: je choisirais Roger, mais qui peut le remplacer? Qui possède ses compétences? Pas en ce moment, avec toutes les commandes qu’il nous faut faire. Etc. Si vous vous dites le contraire, soit vous n’êtes pas un dirigeant de haut niveau ou soit vous croyez aux licornes roses.

Alcide, quant à lui, est persuadé que pour le moment il n’a pas de temps à consacrer à l’argumentation. Il doit solutionner rapidement son problème de production et pour cela Édith est la candidate idéale. Roger aura sa chance une autre fois.

Bien sûr Alcide sait, tout comme vous, que pour qu’une organisation évolue, ça prend des gestionnaires comme Roger, enthousiasme, imaginatif, innovateur. Mais, il n’a pas de temps pour cela. Lui, il a un service à faire fonctionner.

J’entends d’ici les yodas monter aux barricades suivis de près par leurs fidèles, criant :

  • « Faux, Roger, Roger, Roger! »
  • « Alcide est un boomer! »
  • « Suivez nos séminaires! »

Comprenez-moi bien, je n’ai rien contre les séminaires, la preuve j’en donne moi-même. Mais jamais, au grand jamais, vous m’entendrez dire dans un séminaire ou ailleurs qu’homo directus a changé ses réflexes de gestion en ± 30 ans. D’ailleurs, en regardant mes congénères réagir durant cette crise COVID-19, j’en suis encore plus persuadé.

En public, tous les gestionnaires tirent à boulets rouges sur le conformiste, les employés soumis, les administrateurs purs, etc. Leurs portes sont toujours ouvertes, ils sont capables d’écouter les idées nouvelles, de changer d’idées, etc.

Conclusion

Vous désirez une promotion alors accepter les faits :

  • un manager débordé choisira toujours un exécutant pur (béni-oui-oui) ;
  • un dirigeant ayant peu confiance en lui, ne choisira jamais quelqu’un de plus fort que lui, il choisira un béni-oui-oui.

En comprenant cela, si vous désirez vraiment obtenir une promotion, cessez immédiatement d’emmerder votre patron avec vos brillantes idées et faites ce qu’il vous demande en répondant « OK, c’est parti, je m’en occupe! », sauf bien sûr, s’il vous demande votre avis.

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