La tentation

Qui n’a pas, un jour dans sa vie, ressenti le goût presque irrésistible de clouer le bec, une fois pour tout, à une personne, à lui démontrer qu’elle avait tort. Soyez rassuré, ce n’est pas moi qui prétendrai n’avoir jamais eu cette pulsion. Débattre ou ne pas débattre, telle est la question.

J’ai appris l’art de diriger à la dure et je peux affirmer que tout dirigeant ou toute dirigeante doit s’abstenir de susciter ou de participer à un débat. Que celui-ci soit aussi bénin que la dernière performance de son équipe sportive préférée ou qu’il soit plus sérieux comme l’homosexualité ou le droit à l’avortement.

Vous devez éviter tout débat avec un de vos employés, un collègue, un client, vos supérieurs et surtout avec votre supérieur immédiat. Gardez toujours à l’esprit que ce dernier ne possède peut-être pas les arguments pour gagner le débat, mais il a le pouvoir de vous faire regretter de l’avoir gagné ou même de l’avoir commencé.

Méfiez-vous des pauses-café, bien souvent c’est lors d’une de celles-ci que tout commence.  

Qu'est-ce qu'un débat?

Définitions yodistes

Regardons ensemble deux définitions du mot « débat » que j’ai trouvé sur la toile :

  • Le but d’un débat n’est pas de convaincre votre « adversaire » ou vos lecteurs que vous avez raison et qu’ils ont tort, mais de progresser dans votre réflexion à l’aide de votre « partenaire » et de présenter votre point de vue aux autres.

https://neckara.developpez.com/tutoriels/divers/bien-debattre/

  • Dans le débat tel qu’il est pratiqué dans le bouddhisme, il ne s’agit pas d’infliger une défaite à un adversaire au moyen d’une logique plus pointue. Le but du débat est de permettre aux étudiants d’obtenir une certitude dans leur compréhension des enseignements de sorte à dissiper tout doute susceptible de survenir au cours de leur méditation. Chaque étudiant invite un camarade d’étude à défendre sa position en lui posant des questions et en mettant en évidence les inconsistances dans ses réponses. À la fin du débat, l’exercice s’avère positif pour les deux parties.

https://studybuddhism.com/fr/le-bouddhisme-tibetain/a-propos-du-bouddhisme/comment-etudier-le-bouddhisme/le-but-et-les-avantages-du-debat 

Ces deux définitions sont logiques, mais fausses. Nous ne devons pas mélanger le sens de « débattre » et « échanger des propos« .

Quoiqu’en disent les Yodas de ce monde, les synonymes du mot « débat » sont dans le dictionnaire Larousse : controverse – démêlé – dispute (vieux) – palabre – polémique – querelle – conflit – lutte.

Dans les faits, il n’est pas rare qu’un échange de propos tourne au débat si les participants n’y font pas attention.

Appelons un chat un chat

Un débat est une discussion généralement animée entre des personnes exposant souvent des idées opposées sur un sujet donné. L’objectif étant généralement pour chacun des acteurs de prouver que son idée est la bonne.

Pourquoi un patron doit-il s’abstenir de tout débat.

Tout débat, aussi mineur soit-il, comporte des risques de blessure. Inconsciemment ou consciemment un des participants peut à tout moment employer, dans le feu de l’action, des mots, des arguments blessants, insultants, malpolis. Croyez-moi, ce type d’incident est très souvent rencontré même si l’on prend grand soin de ne pas être désobligeant.

Dans les faits, démontrer, même pacifiquement, à quelqu’un qu’il a tort c’est lui démontrer qu’il juge et pense de travers, ce qui, bien plus que des paroles blessantes, est une insulte suprême pour toute personne ayant un tant soit peu d’estime de soi. Imaginez si en plus la scène se déroule devant témoins.

Ce que je ne dis pas

Je ne dis pas que vous devez devenir un béni-oui-oui au travail. Il y a une grande différence entre émettre une opinion lors d’une réunion et entamer un débat au sujet de celle-ci. D’ailleurs, selon moi, aucun modérateur ne devrait permette qu’une réunion de coordination se transforme en débat d’opinion. Vous connaissais l’expression : « C’est mon opinion et je la partage. »   

Vous voulez débattre, choisissez bien votre adversaire.

Je ne peux nier, tout comme Schopenhauer, que certains débats peuvent-être enrichissant pour des participants ayant à peu près le même niveau en savoir et en intelligence. Un débat peut permettre de voir la chose sous un autre angle, de reconsidérer sa position, etc.

Permettez-moi d’insister : « Les participants doivent avoir à peu près le même niveau en savoir et en intelligence. »

Comme le souligne Schopenhauer, la seule parade sûre est donc celle d’Aristote :  « Ne pas débattre avec le premier venu, mais uniquement avec les gens que l’on connaît et dont on sait qu’ils sont suffisamment raisonnables pour ne pas débiter des absurdités et se couvrir de ridicule. » 

Mais de grâce, ne choisissez pas votre adversaire parmi vos employés, vos collègues et surtout vos patrons. Le cimetière des gestionnaires est rempli de personnes n’ayant pas suivi ce conseil.

Voir : Arthur Schopenhauer

Conclusion

Que penseriez-vous d’un menuisier qui prendrait le risque d’émousser ou de briser un de ses outils lors d’un travail ? D’un chirurgien qui prendrait le risque d’affaiblir le fil de ses points de suture lors d’une opération ? Vos employés et vos collègues sont vos outils pour réaliser vos objectifs. Alors pourquoi prendriez-vous le risque de les blesser lors de débats inutiles ?

Dans les faits, avouons que comme dirigeante ou dirigeant vous avez déjà assez de controverses quotidiennes, alors pourquoi en ajouter des futiles.  

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